Episode 2 – Chapitre un – (Re)Naissance

Posted: February 25, 2015 in Réalité - le roman

Très loin de là un endroit chaud et humide, des geysers de vapeur jaillissaient de tuyauteries plus ou moins percées. Dans des locaux semblant sortis d’un album photos du passé, des murs jaunes craquelés entouraient de dantesques autocuiseurs. D’indéfinissables odeurs mélangées flottaient dans l’atmosphère qui en devenait quasiment irrespirable. Une sorte d’enfer ? Probablement pour certains d’entre nous, mais en fait, pour d’autres cet endroit était toute leur vie, leur fournissant chaleur, lumière et argent. De loin en loin, des être humains affublés de grotesques costumes et chapeaux en plastiques ressemblant à des bonnets de douche s’affairaient à d’étranges tâches.

A plusieurs dizaines de mètres au-dessus de cette activité, une lande désolée balayée par le vent, quelques maisons bringuebalantes, un ciel morne et gris. En comparaison, l’activité souterraine semblait irradier la vie ! Dans l’usine 451, tout simplement une usine de conserve, Olga sembla soudain manifester un trouble certain en face de la gigantesque marmite de choucroute qu’elle surveillait. La grosse femme ne pouvait toutefois pas être indisposée par les odeurs des produits qu’elle surveillait, après plusieurs années passées dans cette unité de production, elle était digne de confiance et au-dessus de tout reproche. Comme dans un flash, elle vit un couple sur un canapé, en face d’une cheminée, puis la vision disparut. Olga ne fut pas spécialement inquiétée par cette vision, depuis des années maintenant elle vivait ce genre d’événements. Son mari, avant que ce salaud ne la quitte, l’attribuait à l’accident nucléaire survenu quelques années plus tôt. Mais les autorités avaient confirmé que tout était en ordre. Olga les croyait et pensait plutôt que les responsables en étaient les lutins des forêts[1].

Durant ce bref moment d’inattention, Olga dut s’appuyer et reprendre son souffle. Ceci ne passa évidemment pas inaperçu de la surveillante. Olga avait toujours soupçonné les surveillantes de ne pas être vraiment humaines tant elles étaient attentives. Dans cette atmosphère dense et humide, avec cette lumière tombant de très haut, sous la voûte de la gigantesque usine souterraine, créant des ombres grotesques où rien n’était vraiment bien visible, où rien ne semblait être ce que c’était réellement, les surveillantes voyaient tout. De ceci Olga n’était pas gênée, la sécurité était assurée et par rapport à la sauvagerie d’un certain monde extérieur, le fait de travailler ici était une bénédiction.

La surveillante, sorte de version féminine du chien de garde, s’approcha d’elle et lui dit :

– Ecoute Olga, si quelque chose ne va pas, n’hésite pas à le dire, nous sommes toutes les deux ici depuis assez longtemps pour savoir que nous pouvons compter l’une sur l’autre.

Et c’était vrai ! Parmi les plus anciennes employées de l’usine, Olga était une personne très consciencieuse et personne ne se doutait de ses visions et de la conception toute personnelle du monde qu’elle avait. Pour elle, tout était explicable par les esprits de la nature, et tant que l’on respectait une certaine conception de l’honnêteté, tout se passerait toujours bien.

– Tu es gentille, mais tout va bien ne t’en fais pas, ce n’était qu’une petite vague de chaleur, tout va bien.

La femme, véritable force de la nature portant moustache et quelques dizaines de kilos en trop se concentra sur sa tâche, mais quelques instants plus tard, elle eut l’impression que le sol se mettait à osciller ! La surveillante vit bien que quelque chose n’allait pas et lui dit d’aller se reposer un instant dans le bureau. Puis elle appela une remplaçante pour le poste d’Olga…

Après environ une heure, Olga revint prendre son poste. Comme elle s’approchait de la responsable, elle lui dit :

– Je m’excuse mais j’ai taché la couverture que tu avais mise à ma disposition, je la prendrai à la fin de mon service pour la nettoyer. Et puis, j’aurais besoin de voir le responsable de l’atelier rapidement !

– Ne t’en fais pas pour la couverture, tu semble aller mieux, c’est l’essentiel ! Concernant le chef d’atelier, je vais voir ce que je peux faire. Es-tu vraiment remise de ton malaise ? Tout va bien ?

Sans se rendre compte de l’effet qu’elle allait faire sur son interlocutrice, la travailleuse déclara ce qui allait bouleverser profondément sa vie :

– En fait je viens d’accoucher d’une petite fille, elle est parfaitement en forme, se porte bien et dort dans le bureau !

– …

***

 

 

[1] Ce qui n’est pas complètement stupide. De nombreuses légendes circulent à propos des lutins des forêts et de nombreux ouvrages ont même été écrits dans le but d’essayer de prouver leur inexistence. (Ce qui n’a JAMAIS pu être fait!)

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s