Episode 3 – Chapitre un – (Re)Naissance

Posted: February 25, 2015 in Réalité - le roman

L’ambiance à la clinique était électrique, les deux praticiens tout au plaisir de leur rencontre la veille au soir subissaient les effets secondaires de la soirée. Ils se manifestaient sous la forme de belles céphalées ! Tout était prêt, le bloc opératoire à n’utiliser qu’en dernier ressort ainsi que le matériel nécessaire à l’accouchement par les voies traditionnelles. La sage-femme était avisée ainsi que l’équipe. Il ne manquait plus que les acteurs principaux.

Norbert conduisait mécaniquement, plongé dans ses pensées. Aujourd’hui il allait être père pour la première fois, serait-il changé par cet événement, allait-il subitement devenir vieux et con ? Ce qu’il avait vu autour de lui, chez ses amis ne l’incitait pas à l’optimisme, dans bien des cas les parents changeaient complètement de comportement, comme s’ils signaient leurs bons d’entrée dans une secte. Derrière ses pensées un peu moroses, le fait d’aller provoquer la naissance dans cette clinique spécialisée était à quelque part perturbant, ceci signifiait-il des complications, un enfant à problème ? Un danger quelconque pour la mère, son épouse bien aimée ?

Nicole quant à elle était rongée par l’inquiétude et les remords. Elle était certainement coupable si cet enfant ne naissait pas dans des délais normaux. Elle devait sûrement être mal formée ou souffrir d’une maladie non encore répertoriée.

A ce moment le téléphone mobile de Nicole retentit, cassant cette ambiance triste qui cadrait si mal à la situation. Machinalement celle-ci porta le combiné à son oreille :

– Clinique des Noisetiers, Madame Dormond ?

Puis sans attendre de réponse, la personne continua d’une voix très autoritaire du genre “moi je suis un spécialiste et pas vous alors écoutez”. Elle demanda des renseignements complémentaires sur les assurances et couvertures et conclut par un souhait de bonne route. Elle raccrocha sans que Nicole ne puisse placer un mot. Cette diversion, de par sa brusquerie, permit aux futurs parents de briser la spirale de pensées négatives qui les assaillait et de les recentrer sur ce qui allait plus que probablement être un heureux événement.

L’arrivée à la clinique se passa sans problème, l’accueil bien qu’un peu bourru eut le mérite de montrer aux futurs parents qu’ils n’étaient que des numéros et bien qu’assez malheureux ceci eut l’effet contraire de ce que cela produisait souvent. Le fait de n’être traités que comme une marchandise –certes précieuse- rassura les Dormond, tout compte fait, la situation semblait réellement normale ici !

Les examens se poursuivaient, les analyses succédaient aux analyses et les parents avaient un peu l’impression d’être des sujets d’expérience, après toutes sortes de prélèvements tant sur l’homme que sur la femme, les spécialistes durent bien se rendre à l’évidence que la médecine la plus moderne ne pouvait rien faire face à la nature. L’enfant était en retard de plusieurs semaines mais tout était parfaitement normal et la taille ne semblait même pas exceptionnelle. Les médecins décidèrent de provoquer l’accouchement, ils injectèrent donc le cocktail devant déclencher ce miracle.

Après quelques heures pleines d’incertitudes, ils durent bien constater que rien ne se passait. Pas de contractions, pas de sentiment de changement chez Nicole et plus encore pas de transformations physiques.

– Infirmière ! Etes-vous certaine de ce que vous avez injecté ?

Cette question posée à haute voix par le docteur sans aucune considération pour les parents retentit tel un coup de canon. Nicole était sur le point de craquer, Norbert semblait également s’approcher du point de non-retour.

Voyant l’exaspération monter, le spécialiste déclara finalement:

– Bien, écoutez Madame Dormond, il semble que ce bébé soit mieux accroché que tous ceux que je n’aie jamais vu, nous devons maintenant nous rendre à l’évidence que ce petit ne viendra pas par les voies naturelles. Nous devons donc recourir à la césarienne. Mais ne vous en faites pas, cette opération est parfaitement maîtrisée et cet hôpital en a effectué plus de 50 cette année.

En quelques minutes, le mari apprit qu’il ne servait plus à rien.

A peine le temps d’embrasser son épouse qu’elle se faisait entraîner vers la salle d’opération.

Les minutes succédèrent aux minutes, Norbert était sur des charbons ardents. Que cette inutilité était pesante ! Finalement, il se prit un mauvais café à l’automate, s’assit dans le couloir et se mit à somnoler.

***

Il était debout sur un sol transparent, ce pouvait être une plaque de verre similaire à ce qui se fait dans certains cinémas, quelque part dans un environnement lumineux indéfini, il était bien, tous ses besoins et désirs étaient comblés, il appréciait son existence. Soudain, comme appelé par un impérieux besoin, ses yeux regardèrent contre le bas et il lui sembla distinguer comme un tourbillon de fumée qui perturbait la quiétude de cet endroit. Il fut surpris, il lui semblait qu’il n’avait jamais fait attention à ce genre de phénomène avant cet instant. Cet étrange vortex semblait chercher à se rapprocher. Heureusement, il était protégé de ce gigantesque tourbillon par une barrière à l’efficacité mille fois prouvée[1]. Puis la température parut se mettre à baisser, la luminosité diminuer et le tourbillon se rapprocher, que se passait-il ? La barrière n’était-elle pas à toute épreuve ?

Soudain, il sut que le temps était venu et que ceci était normal et bien. Le sol disparut comme par enchantement et il se mit à tomber vers le vortex à une vitesse toujours accrue. Ce phénomène était grisant. Une incroyable sensation de célérité[2] ! Il tombait à toute vitesse dans cet environnement fantastique, des volutes colorées l’entouraient. Comme un point lumineux, son but était parfaitement clair et visible, il ne pouvait pas se tromper !

Soudainement, une violente douleur à la main gauche tira Norbert de son état second, il ouvrit les yeux et vit son café renversé et sa main recouverte du noir breuvage qui fumait encore, il lui fallut quelques instants pour remettre ses idées en place, que faisait-il là ? Durant le rebranchement de ses synapses sur le monde réel, ses muscles fonctionnèrent à un niveau réflexe pour essuyer le café. Un rêve, il avait simplement rêvé. Quel incroyable moment ! Une infirmière arriva au même instant et lui dit:

– Félicitation M. Dormond, vous êtes l’heureux papa d’un petit garçon en parfaite santé !

***

[1]  C’est du moins le sentiment qu’il en avait !

[2] Sur ce point, tous les témoignages concordent. Voir notamment le livre de A. Von Roserkrantz écrit en 1745 et longtemps censuré par le pouvoir ecclésiastique.

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