Episode 5 – Chapitre un – (Re)Naissance

Posted: February 27, 2015 in Réalité - le roman

Ace était une fillette extraordinaire ! A maintenant près de 4 ans, elle parlait parfaitement 3 langues et avait déjà lu tout ce dont sa mère disposait. Il y a peu, elle avait trouvé une nouvelle source qui lui permettait de continuer à alimenter sa soif inextinguible de savoir, la bibliothèque du complexe de l’usine 451 !

Au fil des ans, elle était devenue la mascotte de l’usine, ses longs cheveux roux tirant sur le blond étaient la fierté d’Olga. Même après toutes ces années, celle-ci n’avait jamais divulgué le nom du père. Certaine que ses collègues suspectaient un haut responsable politique, mais ceci n’était en fait pas tellement important. La petite Ace était merveilleusement intelligente et très discrète. Elle apprit rapidement à voir, écouter, apprendre. Et masquer son savoir.

Depuis quelque temps, Olga était inquiète, elle avait vu plusieurs fois les nouvelles surveillantes discuter avec sa fille et ensuite entamer de grandes discussions entre elles. Mais que pouvait-elle faire ? Elle mit Ace en garde contre les autres “grandes personnes” à plusieurs reprises.

Ce soir là, lorsque Olga rentra dans sa petite cellule d’habitation, Ace n’était pas là ! Ceci n’était pas dans les habitudes de la petite qui connaissait l’inquiétude de sa mère et n’aurait rien fait pour l’alimenter. Pour cette raison, la femme se dirigea vers l’interphone et appela sa responsable. Ses mains tremblaient alors quelle composait fébrilement le numéro à trois chiffres, elle dut s’y reprendre à deux fois pour y parvenir.

– Petra ? Ecoute Ace n’est pas à la maison l’aurais-tu vue cet après-midi ? Je suis inquiète, ceci ne correspond pas à ses habitudes…

– Oui Olga, je sais où elle est et je voulais justement t’appeler, nous sommes convoquées chez le directeur de l’usine dans une demi-heure !

Puis voyant l’effet produit par cette information sur sa collègue qui s’était subitement recroquevillée, elle ajouta :

–Ne t’en fais pas, ce ne semble pas être grave, mais je sais que certaines surveillantes ont discuté avec le directeur à propos de ton petit bijou de fille. Nous ne pouvons rien te reprocher concernant ton travail, et je suis certaine que nous ne pouvons rien reprocher à Ace également, donc ce rendez-vous devrait être positif.

Le directeur vit les deux femmes entrer dans son bureau et voyant la mère de cette petite fille il s’étonna de la capacité du genre humain à “créer des perles à partir de coquillages plutôt grossiers”. Cette Olga n’avait rien de charmant et sa fille était si gracieuse et si intelligente. La petite fille se leva de son fauteuil et se jeta dans les bras de sa mère, elle paraissait très heureuse et satisfaite d’elle-même. Pour Olga qui la connaissait bien, cette petite lueur au fond de ses yeux signifiait qu’elle avait découvert ou appris quelque chose qu’elle trouvait “magique”. La dernière fois que la gamine avait eu cette lueur au fond des yeux était lors de la découverte de la bibliothèque.

Olga n’en revenait d’ailleurs toujours pas, cette petite avait trouvé ces locaux alors qu’elle-même, employée depuis 15 ans, en ignorait complètement l’existence !

Avant que l’atmosphère ne puisse s’appesantir par des doutes ou des sentiments d’inconfort, le directeur invita ses visiteuses à prendre place dans les fauteuils, il savait bien que selon le système de fonctionnement et de management de son usine, la grosse femme devait être très inquiète et déstabilisée par cette convocation pour le moins inhabituelle.

Olga était surprise, le bureau du directeur était fonctionnel, bien loin des notions de luxe que les employées s’échangeaient, bien loin de toutes les histoires qui circulaient. Elle regarda le directeur et pour la première fois de sa vie, osa examiner un supérieur en détail. Elle fut surprise, l’homme semblait gentil et même s’il n’est pas toujours bon de se fier à la première impression, elle eut le sentiment d’avoir affaire à un homme bon. La petite moustache qu’il arborait lui donnait un petit air aristocratique qu’elle apprécia de manière un peu incompréhensible. Elle vit également que le directeur faisait de même avec elle et se sentit étrangement mal à l’aise dans ses grossiers habits de travail. Le directeur prit ensuite la parole :

– Bonjour Olga, tout d’abord, soyez rassurée, nous sommes ici pour des raisons positives…

***

Une fois de plus Paul semblait ne pas vouloir jouer avec ses petits camarades, la maîtresse de l’école de ce petit village était ennuyée. Pas que ce petit garçon si solitaire ait l’air malheureux, bien au contraire. Et bien qu’il ne refusait jamais catégoriquement de prendre part aux activités de groupe, il finissait toujours par être seul. Après la classe, Denise retint trois autres petits enfants parmi ceux qui jouaient le plus avec Paul et essaya d’en apprendre plus:

– Dites les enfants, pourquoi vous ne jouez pas avec Paul un peu plus souvent ?

Les réponses qu’elle reçut l’édifièrent, elle fut surprise de tant de maturité de la part de ses petits élèves :

– Il a de drôles d’idées, il veut toujours en savoir plus. On ne peut pas jouer tranquillement sans qu’il démonte les jouets pour voir comment ils marchent ! C’est chiant.

– Il est d’accord de jouer avec nous mais quand on joue, c’est comme si on n’existait pas, il a pas besoin de nous. De plus, il nous regarde toujours avec un drôle d’air.

– L’autre jour, il m’a dit qu’il voudrait bien me démonter aussi pour voir comment je suis faite, il me fait un peu peur.

– C’est pas rigolo de jouer avec lui, même s’il perd il est content. On ne peut pas l’embêter.

– Des fois il nous dit que nos têtes sont vides. Ce n’est pas bien de jouer avec !

Après plusieurs semaines de réflexion et de surveillance, ces réponses montrèrent bien à la maîtresse que cet enfant était antisocial. Il était de son devoir de prendre des mesures ![1]

Consciente des ses responsabilités, elle allait convoquer les parents pour une soirée de discussion.

Elle réunit une documentation complète sur Paul et ses soi-disant problèmes. Comment il refusait de s’impliquer dans les jeux et dans la vie de la classe, comment il faisait parfois peur aux autres en leur disant des atrocités (certes souvent vraies et justes), comment il lui avait une fois mis devant les yeux une solution qu’elle cherchait…

Cette jeune institutrice était vraiment très inquiète, ce petit garçon ne correspondait vraiment pas à ses modèles théoriques.

Ce soir là en rentrant, le petit garçon dit à sa mère :

– Maman, je pense que la maîtresse veut vous convoquer pour vous expliquer des choses de “grands”. Comme par exemple que je ne suis pas très heureux de jouer avec mes camarades ou que je les trouve ennuyeux ! Je n’y peux rien maman, ils sont vraiment ennuyeux, ils ne peuvent pas inventer des histoires originales ni vraiment jouer avec moi. Je préfère rester seul. La maîtresse n’aime pas cela.

– Ne t’en fais pas mon chéri, tu sais bien que je suis de ton côté, mais si cette maîtresse insiste, ne peux-tu faire un effort pour faire semblant ? Je vais t’apprendre un dicton que je tiens de ma mère : “pour vivre heureux, vivons cachés”. Comprends-tu ce que cela veut dire ? En vois-tu toutes les implications à la situation présente ?

Nicole traitait vraiment son fils avec une grande ouverture et le considérait réellement comme un être responsable, même s’il n’avait que sept ans. Le bambin en était conscient et cet état de fait le justifiait !

Malgré sa totale confiance dans ses parents et l’enfance très heureuse qu’il vivait, Paul n’avait jamais osé annoncer à ses parents à quel point il se sentait différent. Bien qu’il les aimait vraiment beaucoup, il les considérait toujours comme des étrangers, comme des créatures d’une autre espèce. Un peu comme si lui-même était un voyageur d’ailleurs simplement là un temps limité. Il ne voulait pas les choquer, mais parfois ils lui semblaient si “restreints”, si bornés, si limités dans leurs visions.

Il n’avait pas vraiment d’amis ?

Et alors ?

Il savait que malgré tout leur amour, ses parents s’inquiétaient quelque part de son comportement. Par chance, il n’avait pas de difficulté à l’école. Pas qu’il soit exceptionnellement bon. Mais en travaillant un minimum il pouvait se maintenir dans la moyenne supérieure. Point besoin d’en faire plus. Pour arriver à quoi ? Il préférait vivre dans son monde et revenir sur terre de temps en temps.

Malgré son intelligence précoce et assez développée, le jeune garçon ne comprenait pas pourquoi il était regardé bizarrement. Le monde n’était-il pas peuplé d’individualités différentes ? Très rapidement ses idoles avaient été les figures emblématiques des contestataires, les groupes de musiques extrêmes, etc.

A cet âge déjà, il avait tous les enregistrements de SNOG, le fameux groupe qui était interdit de concert dans bien des états simplement parce que son message principal était “Ouvre tes yeux !”. Par chance ses parents étaient suffisamment ouverts pour ne pas lui poser de problème à ce niveau. (Juste de temps en temps des commentaires sur le niveau sonore de son écoute !)

Un jour, il était allé faire des courses avec sa grand-mère et celle-ci lui avait offert le dernier enregistrement de SNOG au grand dam de la vendeuse qui n’arrivait pas à cacher sa réprobation. Un vinyle jaune fluorescent ! Comme il était fier ce jour là !

Fier de recevoir ce disque ! Mais également fier de sa grand-mère qui avait bravé la réprobation silencieuse de cette vendeuse pour le lui offrir ! Lorsqu’il la remerciait, elle avait semblé plonger dans son âme et comprendre à quel point il était bouleversé par cette découverte. Elle lui avait souri, d’abord avec les yeux puis avec tout son visage et lui avait dit: “Ecoute ton cœur, ne suis pas les médiocres et ne te gène pas avec eux, tu as droit à la vie au même titre que les autres. Ils ne sont en tous les cas pas meilleurs que toi ! Mais n’oublie jamais que nous sommes tous les médiocres de quelqu’un d’autre !”

Cet événement s’était passé quelque temps avant sa mort et était resté cher à son cœur, sa grand-mère était réellement proche de lui et elle comprenait vraiment ses sentiments.

Paul avait parfois l’impression de venir d’une autre planète. Dans cette hypothèse, sa grand-mère devait provenir de la même ! C’est d’ailleurs ce qui l’avait aidé à surmonter le choc de sa disparition, pour lui, elle était simplement partie vers son monde d’origine.

Jamais il n’avait parlé de ces idées les plus étranges à personne, il avait rapidement compris que la différence n’est parfois pas la plus indiquée des stratégies.

 ***

Les années passèrent…

Il vécut toute son enfance en cachant toujours plus ses étranges sentiments et comportements, il devint un élève exemplaire qui jouait avec des amis et semblait être comme les autres. Ses parents furent rassurés et calmés de cette évolution qui replaçait leur fils dans un moule de normalité fort bienvenu. Après les problèmes précédents l’accouchement, le fait de revivre des événements étranges n’aurait pas été des plus simples pour les parents. Fort heureusement tout se déroula le plus simplement du monde jusqu’à ce fameux jour où en rentrant de l’école…

[1] La bonne volonté est parfois une malédiction !

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