Episode 9 – Chapitre deux – Vie et mort

Posted: March 22, 2015 in Réalité - le roman

C’était un endroit insolite !

Un endroit du passé !

Comment appelaient-ils cela déjà ? Une ville !

 

En approchant de la mégapole, Grundl’i se sentit oppressé. A ses côtés sur la carriole tirée par deux sortes de chevaux gigantesques, sa compagne jurée Mardl’a portait leur fils de quelques semaines Mund’a qui dormait tranquillement dans ses bras.

Bien qu’encore très loin de la cité, les voyageurs étaient choqués par la taille des bâtiments, heurtés dans leurs convictions par l’idée même que par le passé les hommes aient pu vouloir vivre entassés dans un tel endroit !

Ceci ajouté à la bizarrerie de leur périple leur laissait une pénible sensation, comme si leur vie était en train de basculer.

Après la naissance de leur fils, un des chefs de file de la caste des prêtres-savants avait demandé à les recevoir dans le temple de la connaissance de la ville de manière à examiner l’enfant. Il n’avait évidemment rien révélé des raisons de cette demande, et les malheureux ne pouvaient que se perdre en conjectures, toutes plus pénibles les unes que les autres. La mère était nettement plus inquiète que le père, parfaitement au fait des exactions possibles que les prêtres-savants pouvaient commettre.

Retenant nerveusement ses larmes, la femme se retourna sur le chemin parcouru et, tout en lissant machinalement les manches de sa robe grossière, regretta sa jeunesse insouciante. Ses folles promenades dans les vents tourbillonnants sur le dos de son fidèle Eperval étaient si lointaines. Elle aurait tout donné pour se retrouver quinze ans en arrière, non pas qu’elle aurait pu changer quelque chose, mais simplement pour ne plus sentir cette oppressante menace peser sur elle et son enfant, pour revivre son enfance libre et simple.

Des pensées tourbillonnaient sans cesse dans son esprit, elle ou Grundl’i avaient-ils contrevenu aux règles bien strictes de leur société ? Elle ne voyait vraiment pas comment. Elle y veillait tout particulièrement ! Dès son plus jeune âge le clerc de son village lui avait expliqué que le savoir n’était pas bon pour tous et quelle ne devait jamais chercher à apprendre des choses par elle-même.

La somme des connaissances de leur monde n’était-elles pas en possession de la caste des prêtres-savants ?

Le vieil homme lui avait bien expliqué que de la connaissance découlait violence et destruction, que de la connaissance ne pouvait que survenir cruauté et cataclysme, il se basait sur de sombres histoires où la planète était beaucoup plus peuplée qu’à l’époque de Mardl’a. Distillant ses mises en garde agrémentées d’explications tortueuses, il visait à renforcer la force des suggestions autour de laquelle la civilisation était bâtie.

Elle connaissait les règles, elle en avait payé le prix fort ! Cheminant dans l’angoisse, elle se revit lorsqu’elle avait été punie à 8 ans.

Entrant en courant dans la maison, la petite fille incarnait la joie de vivre et l’intelligence. Elle revenait d’une longue journée de labeur à récolter les herbes de guérison. La guérisseuse du hameau avait décidé de la prendre sous son aile pour ne pas perdre une intelligence qu’elle sentait vive. Pour lui permettre de se développer, la civilisation ne lui offrait qu’une solution ! Entrer dans une des deux castes dirigeant la planète, mais comme chacun le sait, étant quasiment impossible de “monter” dans la caste des prêtres-savants pour une femelle, la seule alternative consistait en la caste des guérisseurs. Par malchance pour la petite Mardl’a, ses parents étaient parmi les plus pieux et donc par conséquent les plus intolérants de la région. Usant de moult artifices, la guérisseuse qui avait toujours trouvé un tel niveau de dévouement aveugle aux règlements complètement irresponsable, avait réussi à les convaincre que le prestige de mettre leur fille dans la caste des guérisseurs pourrait les faire avancer dans la hiérarchie religieuse.

Agissant ainsi, elle espérait sauver une petite fille. Elle ne pouvait changer le monde, sa vie était déjà assez bien difficile à gérer. Entre les villageois bornés et les prêtres suspicieux il n’était pas facile à une femme seule de survivre.

La petite fille entra dans la maison avec cette impression de bonheur que ses parents réprouvaient ! La vie n’est-elle pas faite de labeur ? Dans la cuisine, la mère se lamentait. Le four à micro-onde ne fonctionnait plus et les prêtres-savants ne semblaient pas pouvoir venir rapidement. Pleine d’énergie la petite demanda à sa mère qu’est-ce qui n’allait pas en contrevenant bien malgré elle à une autre règle bien établie. Dans ce monde aux coutumes différentes, un enfant ne devait en effet jamais adresser la parole à ses parents. Complètement bouleversée la mère ne se rendit même pas compte du crime commis par sa progéniture et répondit que l’outil de cuisson ne fonctionnait plus.

S’approchant en sautillant, cette dernière regarda à l’arrière dudit objet pour constater que le petit trou dans le mur ne comportait plus le petit câble qui habituellement le reliait au four. Regardant plus en détail, elle vit également un petit filin sortant du four qui pendait et se balançait narquoisement. Celui-ci semblait lui faire signe et, sans réfléchir, elle tendit la main. C’était si simple, ne suffisait-il pas de le remettre en place ?

A ce moment, son père pénétra silencieusement dans la pièce et la surprit à prendre le petit câble et à le replacer dans le mur !

Toute fière elle entendit la sonnerie caractéristique du four qui indiquait que celui-ci était prêt ! Pleine de joie elle se retourna et constata que toute à son allégresse elle venait de commettre une erreur qui allait bouleverser sa vie. Sans un mot, un masque rigide sur le visage, son père l’attrapa par les cheveux (ce qui est très douloureux comme chacun le sait) et la traîna sans un mot à travers l’agglomération jusqu’à la case de l’envoyé de la caste des prêtres-savants. Au fur et à mesure de l’avancée au travers du bourg, l’activité s’arrêtait et les regards se teintaient de pitié avant de se détourner. Personne n’aurait eu l’idée de critiquer ouvertement. La piété de cette famille n’aurait en aucun cas pu être remise en question. Si l’enfant était amené à la salle des jugements dans cette position désagréable, c’était que la situation était grave.

Elle était mineure, peut-être aurait-elle des chances d’échapper à une mutilation qui la laisserait handicapée et incapable de vivre normalement.

Le même soir elle était jugée et condamnée aux travaux forcés dans les mines de métal jusqu’à sa majorité. Une fois par année, les prisonniers de la mine étaient remontés au jour. Si elle trouvait un mari à ce moment-là, elle serait sauvée.

Dans le cas contraire, elle resterait à la mine jusqu’à sa mort.[1]

Quelle chance elle avait eu, après 10 ans passés dans les mines, sa beauté s’était ternie mais son esprit s’était affûté et elle savait alors qu’elle devrait cacher son intelligence si elle voulait survivre. Elle comprit enfin certaines allusions de la guérisseuse, mais c’était trop tard. Elle trouva Grundl’i lors des séances de mariages et estima avoir beaucoup de chance, celui-ci était certes un peu simple mais il lui convenait parfaitement pour masquer son esprit et disparaître dans l’anonymat. Elle n’était absolument pas convaincue que passé l’âge de 18 ans il lui serait impossible d’apprendre de nouvelles choses et ainsi contrevenir à la règle de vie imposée. Elle était même persuadée du contraire mais elle devait disparaître. Elle pensait quelle avait parfaitement réussi à se faire oublier, dès lors pourquoi cette convocation ? Son homme lui avait-il caché quelques chose? Le regardant, elle fut certaine que tel n’était pas le cas, il n’y avait pas plus honnête et respectueux du système que lui. A tel point qu’elle se demandait comment c’était possible de vivre si renfermé et insensible aux choses extérieures, ne jamais manifester de curiosité…

Comment aurait-elle pu savoir que Grundl’i était le fils d’un couple de prêtres-savants déchus dont l’esprit avait été neutralisé ? Comment aurait-elle pu savoir que leur fils avait héréditairement toutes les chances de posséder une intelligence très supérieure à la moyenne ?

A l’approche de la ville, Grundl’i avait des douleurs lancinantes à la tête, comme si son cerveau chauffait, il avait des flashes de lumière et d’étranges images apparaissaient devant ses yeux. De gigantesques salles remplies d’appareillages monstrueux, des silhouettes fantomatiques, une grande aiguille d’argent qui descendait vers sa tête. Que se passait-il, devenait-il fou ? Il n’avait jamais ressenti ce genre de trouble, tout était si insolite et simultanément si familier, comment était-ce possible ? N’était-ce pas la première fois qu’il s’approchait de la mégapole en ruine ?

 ***

[1] D’accord, de vrais sauvages! Mais est-ce réellement différent ICI et MAINTENANT?

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